Une école de préparation à la vie éternelle
Discerner quelle est sa vocation est la première étape du chemin menant vers la vie religieuse. Le chemin vers, puis dans la vie religieuse est un processus qui commence longtemps avant qu’on ne prenne le premier pas pour en franchir le “seuil”. Ainsi, avant d’aborder officiellement cette étape, il est possible de faire des séjours de longueur variable dans un couvent, par exemple en venant au pair deux ou trois mois.
Le but de toute la formation que reçoit la future sœur, est de lui permettre de se donner à Dieu en toute liberté. Ceci est l’œuvre de toute une vie et ne donnera jamais aucun diplôme de fin d’études. Celle qui se lance sur ce chemin n’aura jamais “achevé”, mais continuera sana cesse à grandir et se développer. La situation de l’homme sur terre est celle d’un permanent “status viatoris” – il est un pèlerin toujours en route. La vie religieuse n’est pas une existence installée, tranquille, mais une vie de nouveaux départs successifs: on passe sans cesse de ce monde au Père.
En même temps il existe une pédagogie éprouvée et une tradition dans la formation à la vie religieusequi, dans tous les Ordres, qui suit un certain processus de traversée successive d’étapes données. Leur longueur et leur contenu varient naturellement suivant le but de l’Ordre. Nous allons résumer ces étapes, comme elles se présentent à l’heure actuelle.
Le Postulat
Le postulat est un premier temps de probation où celle qui croit avoir entendu Dieu lui parler essaie de voir clair et d’éprouver si cet appel est réel. Le mot “postuler” vient du latin postulare “demander”. La postulante demande si elle peut entrer, frappe à la porte. Elle n’appartient pas à la communauté et n’y est pas liée mais demande à partager la vie des sœurs – prière, travail, repas, silence, etc. Une première introduction lui est donnée, entre autres sur les fondements et l’histoire de l’Ordre, la prière, la connaissance de la Bible et la «Lectio divina» (c’est-à-dire la lecture de la Bible dans une attitude de prière) Il est aussi pratique de s’adapter et se mettre au courant. La sœur ne porte aucun habit religieux et peut quitter le couvent quand elle veut.
Le temps de postulat est d’environ un an. Si cette période apporte une confirmation intérieure qu’elle est “à sa place”, si elle se sent heureuse et unifiée, malgré les difficultés de diverse sortes, elle peut demander à commencer l’étape suivante. Mais il est important de comprendre que ce n’est pas seulement la postulante qui devra se rendre compte si tout est en place; les Sœurs dont elle partage la vie ont également à juger si elles croient que la postulante donne des signes de vocation véritable. Ce n’est pas comme dans le monde du travail où il suffit d’avoir des références, une compétence, la capacité de travailler et de se monter “agréable à vivre”. Il ne s’agit pas tellement d’être habile que d’être vraie. Et le Christ n’appelle pas toujours les plus habiles ou les plus remarquables. Non, “ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi” (1 Co 1:27).
Le noviciat
Le mot “novice” vient du latin novitius, qui veut dire nouvellement arrivé, nouveau. Une novice est nouvelle dans le couvent, et donc jeune et inexpérimentée. Le début de cette étape, le noviciat, est marqué par la prise d’habit de la Sœur. Généralement se trouve quelque symbole marquant qu’elle ne s’est pas encore engagée par des vœux: elle porte par exemple un voile blanc au lieu du voile noir. Qu’elle ne se soit engagée par aucun vœu entraîne qu’elle est libre de quitter le couvent quand elle le voudra, si elle venait à s’apercevoir qu’elle s’est trompée de chemin.
Le noviciat est un temps où la prière et la vie intérieure sont au centre. Il faut découvrir soi-même devant la face de Dieu à la fois sa pauvreté et sa richesse. La vraie humilité est de reconnaître et d’accepter les innombrables possibilités que Dieu nous offre et d’accepter ses propres limites et faiblesses. On peut dire que la connaissance de soi est une clé pour comprendre ce qu’est le noviciat. Or on n’apprend pas à se connaître par voie d’introspection, mais en s’ouvrant au dialogue avec le Christ. L’homme ne devient lui-même que lorsqu’il se sent aimé.
Pour qu’elle puisse se concentrer sur la vie intérieure, une novice ne doit pas être chargée de trop de responsabilités et ses contacts avec le dehors doivent être limités. Elle continue de recevoir un enseignement sur la prière et la liturgie, la vie religieuse, la bible, les vœux, etc. L’accent est mis davantage sur le progrès intérieur, que sur l’enseignement intellectuel.
Dieu et l’être humain travaillent ensemble à l’œuvre où Dieu veut faire naître quelque chose de neuf en chaque sœur, ce qui ne se fait pas sans lutte et sans épreuves. Le noviciat est un temps où l’on combat contre Dieu, tout comme Jacob qui combattit toute la nuit contre un inconnu (Gn 32:24 ss).
Se tourner avec persévérance vers Dieu et chercher sa face, combattre dans la nuit et accepter patiemment de perdre beaucoup d’illusions sur soi-même, porte des fruits – si tout va bien- dans une plus grande expérience de l’amour du Christ. Oui, l’amour du Christ devient pour elle réel et personnel. L’amour ne peut nous atteindre que tels que nous sommes, et par conséquent, demande un long mûrissement intérieur.
Le temps du noviciat, qui varie entre un ou deux ans, conduit, espérons-le, la novice à s’appuyer de plus en plus sur l’amour du Christ et à soupirer du désir de se donner à lui définitivement.
Les vœux
Les premiers vœux consistent en ce que la sœur promet obéissance, pauvreté et chasteté pendant trois ans. Ici commence une nouvelle étape où l’accent est mis sur la formation intellectuelle. Elle reçoit maintenant la possibilité de faire des études plus approfondies en théologie, philosophie, langues bibliques, etc. Ce temps plus intensif d’études dure cinq ans. La sœur est également admise peu à peu à plus de responsabilité dans la vie de la communauté. Elle découvre que c’est en construisant la communauté qu’elle se construit elle-même. En cherchant le bien commun de préférence au sien, elle se trouve elle-même.
Une fois émis les vœux, il devient plus difficile de quitter la vie religieuse. Il faut avoir mûrement réfléchi avant d’émettre les vœux, et on ne peut pas les rompre à la légère. Mais il est sûr qu’il peut arriver que quelqu’une au cours de cette étape découvrira qu’elle s’est trompée dans son choix et personne ne la forcera à rester. La vie religieuse n’est pas une secte où l’on veut à tout pris recruter des membres. Au contraire, le temps de probation est long, et celles qui y sont impliquées pour discerner si la sœur a vraiment choisi juste sont nombreuses . Le but est que chaque sœur réalise sa vocation personnelle, unique, et par elle se donne à Dieu. Cela ne se fera jamais de force.
Les vœux perpétuels
Après les trois ans de vœux temporaires la sœur a la possibilité d’ émettre des vœux définitifs, perpétuels, jusqu’à la mort. Si elle ne se sent pas mûre pour cela, elle peut demander une prolongation des vœux temporaires pendant un ou deux ans. Après quoi la sœur se donne définitivement et totalement au Christ, pour le suivre dans l’obéissance, la pauvreté et la chasteté.
Émettre un vœu est grand. Dieu lui-même tient parole et l’homme créé à l’image de Dieu a reçu le privilège de dire, comme Dieu, une parole qui demeure et produit un effet. “A jamais, Seigneur, ta parole” (Ps 118:89). Dieu invite aussi l’homme à prononcer une parole qui demeure à jamais.
Beaucoup ne croient plus en la capacité de l’homme à être fidèle, à donner sa parole. De nos jours, peu de gens osent faire une place à l’irrévocable. On fait des “essais” toute sa vie. Mais qui donne sa vie à Dieu et lui promet fidélité témoigne non seulement de la capacité de l’homme à tenir un engagement, mais témoigne encore plus de la fidélité de Dieu. Seul un être qui s’est totalement abandonné à Dieu peut faire l’expérience de la sollicitude infinie et fidèle de Dieu pour chacun.
La cérémonie des vœux a lieu au cours d’une célébration liturgique solennelle. C’est une fête à laquelle tous sont invités: famille, amis, Frères et Sœurs d’autres couvents. Ce joyeux évènement est suivi d’un repas festif, tout à fait comme pour un mariage.
La dernière phase
Une fois émis les vœux perpétuels, commence la dernière phase de la vie religieuse. La sœur s’est donnée sans retour et cela entraîne une nouvelle liberté. Toutes les autres voies, possibilités et œuvres ont été “exclues”. On peut peut-être comparer cela à un buisson dont on taille les branches, supprimant celles qui débordent de tous côtés. Maintenant le buisson peut concentrer toute sa force, pousser en hauteur et devenir un arbre magnifique! C’est ce qui advient à qui a osé choisir.
Quand l’homme a donné sa volonté à Dieu, Dieu devient libre de ramasser toutes ses puissance et possibilités pour les rassembler dans l’unité. Une force véritable gît dans le fait de perdre sa vie et de la mettre à la disposition de Dieu.
Les vœux perpétuels n’entraînent pas que la sœur cesse d’étudier ou de se développer ou d’apprendre quelque chose de nouveau. Le “combat” contre Dieu n’est pas non plus terminé. Bien des fois il lui faudra se relever après être tombée, et recommencer. Cette dernière étape de la vie religieuse, jusqu’à la mort, est une longue préparation à franchir un dernier seuil – à travers la mort vers la vie éternelle. A force d’essayer de mourir à soi-même chaque jour, elle découvre la puissance de la résurrection du Christ au cœur de la réalité quotidienne, en même temps que son vrai moi. “Et ceci est la vie éternelle, qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ” (Jn 17:3).
La vie religieuse veut être une école de préparation à la vie éternelle.
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